Bitcoin : l’ours a-t-il rendu les clés ?
La technologie américaine tousse, l’inflation reprend de la voix et Bitcoin hésite entre reprise et rechute. État des lieux d’une semaine où tout le monde a un scénario. Les marchés, eux, n’ont signé aucun contrat.
L’ours a quitté le canapé. Il est dans l’entrée, en chaussons, et personne ne sait s’il part vraiment ou s’il cherche la télécommande. Sur Bitcoin, le débat ressemble à cela. Sur le Nasdaq, on a surtout commencé à vérifier la facture. Voici les faits, les désaccords et les conditions qui feraient pencher la lecture d’un côté ou de l’autre.
Actions, inflation, énergie, puis sentiment et lectures graphiques de Bitcoin.
Reprise durable ou rebond dans un marché baissier : les arguments, sans prévision de Coliseus.
Le Nasdaq présente la note de frais
À Wall Street, les indices n’ont pas pris le même escalier. La technologie descend ; le Dow Jones conserve un étage d’avance.
Indices : clôture du 16/10, variations depuis le 09/10, arrondies [1]. Bitcoin : 16/10 à 22 h 25, heure de Bruxelles [4] ; cotation continue, sans clôture comparable.
01Les puces passent à la caisse
Vendredi, AMD a perdu 6 %, Intel 5,8 %, Micron 5,6 % et Broadcom 4,5 %. Les semi-conducteurs ont pesé sur Wall Street. [1] Les interrogations portent notamment sur le financement et la rentabilité des infrastructures IA, relève Nasdaq. Le Nasdaq-100 recule d’environ 5 % sur la semaine ; c’est un indice différent du Composite présenté ci-dessus. [2]
La question boursière n’est plus seulement « combien de machines ? », mais « quels revenus en face ? ». Le progrès technique garde son panache. Le comité de crédit, lui, aimerait un tableur.
02L’inflation insiste
Le CPI américain de septembre, publié mercredi, atteint 3,7 % sur un an, après 3,4 % en août ; hors alimentation et énergie, 2,6 %. L’essence a bondi de 9,1 % en un mois. [3] Le pétrole américain a dépassé 100 dollars cette semaine, sur fond de tensions au Moyen-Orient. [2] L’énergie fait son retour dans la conversation. Sans attendre qu’on lui tende le micro.
03L’Europe se distingue
Le STOXX Europe 600 gagne 2,09 % et le CAC 40 1,97 % sur la semaine. [10] Mais l’inflation de la zone euro remonte à 3,8 % en septembre, contre 3,2 % en août. [9] Les actions respirent ; les prix, eux, n’ont toujours pas reçu la consigne de se détendre.
Le rendement américain à dix ans revient vers 5,1 %, en baisse d’environ 15 points de base sur la semaine. [2] Une inflation plus forte n’a donc pas empêché les taux longs de reculer. La finance aime les histoires simples. Elle en produit rarement.
Un rebond n’est pas un certificat de sortie
04Pourquoi la fin du « bear » fait débat
Un bear market, c’est une phase baissière durable. Sa fin se constate plus facilement après coup qu’en direct. Et cette fois, les pièces du dossier ne racontent pas toutes la même histoire.
Côté reprise : Coinbase Institutional mesure une hausse de Bitcoin de 43 % au troisième trimestre, avec une fin septembre à 83 600 dollars, et décrit une phase de reprise initiale. [5] Glassnode constate, au 14 octobre, un net apaisement des ventes à perte des détenteurs de long terme. [6] Le marché a donc réparé une partie des dégâts. Cela explique le retour de la discussion haussière.
Côté prudence : le cours reste autour de 81 500 dollars vendredi soir. [4] Glassnode situe le coût moyen d’acquisition des acheteurs des deux dernières années au-dessus de 88 000 dollars. [6] Certains détenteurs restent donc en perte latente. Retrouver leur prix d’achat pourrait leur donner envie de vendre : c’est une pression potentielle, pas une barrière magique.
Solde net calculé des flux des ETF au comptant suivis par Farside, du 12 au 16 octobre. Des entrées mardi et jeudi, mais un total hebdomadaire négatif. Les investisseurs ne votent pas tous d’une seule main. [7]
05Bitcoin et Nasdaq : voisins de risque
Le lien existe, mais ce n’est pas une laisse. CME documente une corrélation généralement positive entre Bitcoin et les actions depuis 2020, avec des liens souvent plus forts dans les épisodes de stress. [8] Cela ne signifie ni que le Nasdaq commande Bitcoin, ni qu’ils doivent gagner ou perdre le même pourcentage.
Une lecture de ce lien passe par l’appétit pour le risque, avec les taux et la liquidité en toile de fond. Quand les investisseurs réduisent leurs expositions, technologie et crypto peuvent se retrouver dans la même charrette. Bitcoin conserve aussi ses moteurs propres : flux des ETF, transactions au comptant et positions à levier.
Vendredi l’illustre à petite échelle : CoinDesk décrit une tentative de stabilisation de Bitcoin alors que la baisse des actions s’amplifiait. [4] Un écart intrajournalier ne prouve pas un divorce durable. Nous ne retenons aucun coefficient de corrélation pour cette semaine : sa valeur dépend de la période et de la méthode de calcul.
Les graphiques n’ont pas le même avis
Même cours, plusieurs récits. L’enthousiasme a refroidi ; le diagnostic sur la fin du marché baissier reste disputé.
Contre 61, « avidité », le 11 octobre. L’indicateur est revenu au neutre en une semaine. Il combine notamment volatilité, volumes et signaux d’attention : ce n’est ni un sondage des investisseurs ni un signal de hausse ou de baisse à lui seul. [11]
Autre thermomètre : dans son rapport du 12 octobre, l’équipe Bitwise (Dragosch, Shannon, Deans) décrivait déjà un indice maison neutre et davantage de protection contre la baisse. Ce constat porte surtout sur la semaine précédente ; il ne résume pas les séances suivantes. [15]
| Analyste · méthode | Comment il qualifie le marché | Ce qu’il envisage ensuite |
|---|---|---|
| Arnout ter SchureInvesting.com · 13/10 Elliott · cycle depuis juillet [12] | Il compte cinq vagues haussières depuis juillet et considère le bear terminé. Le repli serait une vague 2 dans un nouveau cycle haussier. | Il privilégie une correction vers 69 000 $ ± 4 000 $, puis une vague 3 vers de nouveaux sommets. Ni calendrier ni invalidation formelle ne sont explicités dans le texte. |
| Roman OneginLiteFinance · 16/10 Elliott · scénario de court terme dans une structure longue [13] | Lecture opposée : un grand schéma baissier A–B–C serait toujours en cours. La remontée actuelle serait un rebond correctif B. | Il envisage une poursuite du rebond vers 88 800 $ environ, puis une nouvelle impulsion baissière. Ni échéance ni invalidation explicite dans le texte. |
| William LucasCryptoast · 15/10 Ichimoku · 4 heures, journalier et hebdomadaire [14] | Faiblesse à court terme : cours sous le nuage en 4 heures et sous la Kijun journalière, vers 83 700 $. Mais au-dessus du nuage journalier, vers 78 500 $ : il conserve une lecture de fond haussière tant que les clôtures tiennent 79 500 $. | Selon lui, une clôture au-dessus de 84 300 $ rouvrirait 86 000–87 400 $. Sous 79 500 $ en clôture, il envisage 76 000–77 000 $ ; si cette zone cède aussi, 72 000–74 000 $. Sous 72 000 $, sa lecture haussière de long terme serait remise en cause. |
Pour lire le tableau : Elliott décompose les mouvements en impulsions et corrections ; Ichimoku confronte le cours à des lignes de référence et à un « nuage ». Les niveaux appartiennent aux analyses citées, à leur date de publication. Ils ne sont pas des objectifs de Coliseus.
Ces avis illustrent des désaccords, sans constituer un échantillon représentatif du marché. Un scénario de rebond peut être baissier à long terme ; une prévision de correction peut rester haussière sur le cycle. Le nom de la méthode ne suffit donc pas à résumer le sentiment.
Les « si » avant les certitudes
Les configurations ci-dessous explicitent des mécanismes possibles. Elles ne sont ni des prévisions ni des probabilités attribuées aux prochains mouvements.
Des achats qui durent
Des entrées ETF persistantes et une demande au comptant capable d’absorber les vendeurs renforceraient cette lecture. Un climat plus favorable aux actifs risqués pourrait l’accompagner. Le résultat possible serait une poursuite de la reprise, avec des corrections en chemin. Une semaine verte ne délivre toujours pas de carte d’immunité.
Un rebond qui s’épuise
Des sorties ETF récurrentes, une demande insuffisante et un regain de stress sur les actifs risqués fragiliseraient le rebond. Des ventes pourraient reprendre ; les liquidations de positions à levier pourraient les amplifier. L’ours n’aurait alors fait qu’un tour sur le palier. Aucun calendrier n’est inscrit sur ses chaussons.
Et entre les deux ? Une consolidation prolongée reste possible : le marché peut osciller sans valider rapidement l’une ou l’autre lecture. Aucun de ces mécanismes ne fixe un prix d’arrivée.
Les prochains rendez-vous [2]
La semaine laisse un Nasdaq secoué et un Bitcoin en reprise depuis l’été, mais encore discuté. On peut constater les progrès sans signer le faire-part de l’ours. Bonne semaine à toutes et à tous.